Adopte un déchet

déchet montagne

Adopte un déchet

Ce matin c’est un petit coup de gueule que j’ai envie de pousser, contre tout le monde et moi compris. Nous, qui profitons de notre temps libre pour nous échapper de nos cités, nous qui profitons de mers et montagnes pour assouvir notre soif d’évasion, de sensations, mais très souvent incapables de nous arrêter et nous baisser pour ramasser un déchet.

Des initiatives il n’en manque pas, et tant mieux. Inutile de présenter Surfrider Foundation qui sensibilise et met en place des actions pour nettoyer nos plages et les garder propres. Moins connu, les Green Shorts, proposent de ramasser à chaque session un déchet. C’est simple, peu contraignant et efficace. Plusieurs clubs de surf et de sauvetage réalisent en guise d’échauffement un ramassage des déchets.

Là où ça pêche, c’est quand nous sommes livrés à nous-même. Car ce n’est pas seulement des initiatives isolées qui permettront de rendre propres nos plages, mais c’est l’action de tous, de la masse, qui aura un réel impact. Les initiatives doivent sensibiliser, ceux qui doivent agir, c’est nous !

Je reviens à mon coup de gueule, car je nous trouve très égoïste. Pour ne pas blâmer les autres, je vais m’auto-blâmer.

Premier déchet ramassé

Mon premier souvenir de déchet ramassé remonte à l’âge 6-7 ans. Mon père m’amenait de temps en temps camper au lac des Bouillouses (Pyrénées Orientales) pour pêcher. Avant de nous installer, mon père avait pris l’habitude de faire place nette. Nous ramassions les déchets laissés par les autres que nous mettions dans des sacs pour rapporter chez nous. Nous avions pourtant une bonne heure de marche pour arriver sur notre spot, et nous avions déjà pas mal de matériel à transporter. Mais c’était le prix à payer pour profiter pleinement du lieu.

Un jour un garde-pêche vient nous voir, nous prend de haut et nous dit d’un ton agressif, « vous n’oublierez pas de rapporter vos merdes ». Bien entendu, avec toute l’amabilité dont mon père était capable (c’est à dire proche de 0), il a fait comprendre au garde-pêche qu’il aurait mieux fait de passer la veille pour parler directement aux fautifs, et que nous avions fait le travail de les réunir, qu’il pouvait les prendre pour les mettre dans une poubelle. Le garde-pêche s’est bien gardé de prendre les sacs, il nous a laissé le soin d’accomplir notre ba (bonne action) jusqu’au bout…

Le lac des Bouillouses

Une longue période d’abstinence

Mes parents m’avaient inculqué les bonnes valeurs. Comme la grande majorité d’entre-nous, je suis incapable de jeter quoi que ce soit par terre, mise à part une pelure de fruit. Et encore faut-il que ce soit dans un endroit où je suis sûr qu’elle ne gênera pas, le temps de sa dégradation. Je suis très concerné par les enjeux environnementaux, je mange local un maximum, je limite mes transports, blablabla, pourtant je ne ramassais pas les déchets.

Pourquoi ? Je crois que ça vient de la nature humaine. J’ai l’impression que l’on trouve les déchets des autres plus sales que ceux que nous produisons. Pourtant les déchets trouvés dans la nature ont eu le temps d’être récurés, rincés, désinfectés par les conditions climatiques. Nous avons aussi le « ce n’est pas à moi de le ramasser, je m’occupe de mes déchets, c’est déjà bien ». Et nous sommes tellement habitués à voir des déchets que nous n’y prêtons plus attention.

La régénérescence

Puis un jour c’est le déclic. Un dimanche de janvier, ça fait trois jours qu’il pleut des cordes et que mon fils de 3 ans saute de partout dans la maison. Nous profitons d’une percée du soleil pour nous rendre sur la plage en bas de chez nous. Il fait moche, le sable est trempé, j’ai pas pris de ballon, il faut que j’improvise une activité. J’inculque alors à mon fils, les valeurs que mon père m’a transmises,  à ma manière. « Mon grand, on va faire un jeu : on va ramasser tous les objets en plastique sur la plage. Celui qui en ramasse le plus a gagné et on les mettra ensuite dans la poubelle ». Bien entendu il a gagné, et je précise que j’étais derrière lui pour être sûr qu’il ne ramasse pas n’importe quoi (sinon c’est moi qui aurait gagné ;-))

Cette activité m’a ouvert les yeux. Une plage qui me semblait pourtant propre, s’est avérée très polluée par des objets plastiques et métalliques. Depuis je ramasse à nouveau des déchets.

L’action de tous

Donc voilà, responsabilisons-nous. Nous sommes des « utilisateurs » de l’océan, de la plage, de la montagne et nous avons en ce sens une responsabilité de ramasser ces déchets. Plus nous « utilisons » ces éléments, plus grande est notre responsabilité, ce serait égoïste de penser autrement. Disons que c’est une compensation de l’impact de nos activités : le matériel de sport et le transport, finalement ramasser un déchet est une faible compensation en comparaison !

Alors, adopte un déchet !