Le mascaret : Notre instinct de chasseur-cueilleur ressurgit

Le mascaret : Notre instinct de chasseur-cueilleur ressurgit

La majorité d’entre nous s’est dit « un jour j’irai ». Puis le temps passe et on n’est toujours pas allé surfer le mascaret. Comme beaucoup d’autres expériences potentielles, l’idée restera bien souvent à l’état embryonnaire par manque de temps, manque d’anticipation,  …, à moins qu’un élément conjure le mauvais sort !

Cette fois-ci, l’élément déclencheur, ce ne sera pas moi mais un copain d’aventure, d’exploration, d’outdoor, un bon pote avec qui on s’ennuie pas : « Ça te dit qu’on se fasse le mascaret dimanche à 18h15 ? ». Un simple « ok » et me voilà projeté dans l’accomplissement d’un rêve non accompli !

La stratégie

Avant chaque nouvelle expérience le rituel est le même. D’abord on se balade sur Internet, on regarde quelques vidéos, puis on cherche des infos un peu plus précises : « Comment ça marche ? », « Quelles sont les meilleures conditions ? », « Quelles erreurs ne faut-il pas faire ? », …, « Y-a-t-il des alternatives ? » Car on a un peu l’habitude de l’exploration et on sait qu’il y a toujours le devant de la scène, surexploité et sur-médiatisé. Puis derrière, il y a toujours un monde plus ou moins bien protégé.

Nous essayons d’abord de percer le secret par une recherche approfondie sur le web avec des mots clés divers et variés : « secret mascaret », « french mascaret », « surfer dans la boue », … Mais rien n’y fait nous ne parvenons pas à trouver la clé. Le visionnage de vidéos au ralenti, à la recherche d’un indice sur la berge n’est pas plus efficace. Nous tentons le coup auprès de nos connaissances qui l’ont déjà surfé. Et là, on comprend que divulguer la moindre information est à priori un blasphème. Tant pis, nous irons comme tout le monde à Saint Pardon pour notre baptême.

Le choix de l’arme

Vient ensuite le choix des planches. J’opte pour un océan board (un concept développé par Ludovic Dulou, dont je parlerai dans un prochain article), car je veux ramer à la force des bras et je veux un maximum de volume pour pouvoir recoller aux sections molles. Mon pote part sur une bonne rougne : un SUP Gong  de 12 pieds qui a le mérite de flotter encore, parce « qu’à ce qui paraît que les planches prennent chères ». C’est un bon argument auquel je n’avais pas pensé, je croise donc les doigts pour revenir avec ma planche conceptuelle en un seul morceau.

L’approche

Les planches sur le toit et 2h30 de route après, nous voilà à Saint Pardon. Donc c’est confirmé, nous ne serons pas tout seul. Les spectateurs sont déjà là, j’aperçois un loueur de planche, une buvette montée pour l’événement et toute sorte d’engins flottants : Surf, SUP, Kayak, Canoë, et même un aviron de mer (WTF ???). Nous tentons une approche avec un autochtone (on le reconnaît à son gilet jaune où il est inscrit « Sécurité Saint Pardon »). Il est plutôt sympathisant alors nous lui soutirons un maximum d’informations. Car on se sent un peu dépourvu en arrivant au bord de la Garonne : le lit fait au moins 300 m de large et on ne sait absolument pas où se placer.

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Finalement nous nous mettons à l’eau, on fait comme tout le monde car nous sommes un peu pommés. C’est une approche très différente que celle d’un surf en mer. En mer on voit le spot, on l’observe, on regarde comment les grosses séries pètent avant de se mettre à l’eau. Là, c’est le calme absolu, on voit pas le fond et il faut se placer sur une surface équivalente à 50 terrains de football un peu au hasard. On utilise tant bien que mal nos connaissances océanographiques : Etant à la sortie d’un virage, on se dit que la vague va venir se casser sur la berge puis regonfler pour partir dans l’autre sens, et surtout, on croise les doigts sans oublier de ramer car le courant est de plus en plus fort !

L’attaque !

Après avoir regardé au moins une cinquantaine de fois au dessus de mon épaule, je la vois sortir du virage avec un bruit de fond qui m’était jusqu’alors inconnu. Je vous le dis de suite, c’est le moment que j’ai préféré : voir cette vague de 300 mètres de large arriver d’on ne sait où, alors que c’était le calme absolu, est une expérience exceptionnelle.

Trêve de bavardage, il ne faudrait pas la rater car la prochaine est dans 12 heures. Suivant les conseils que nous avons récolté, je rame autant que je peux, je regarde en arrière, je vois que la vague pète, nous allons donc la prendre dans la mousse, elle arrive, elle est là, j’ai jamais eu aussi peur de louper une vague de ma vie ! après 2, 3 rebonds, je stabilise ma planche puis je me lève, je regarde à droite et à gauche, il y a déjà de la perte, je pense que sur les 150 que nous étions, une bonne trentaine a déjà rendu les armes. Au bout de 200 mètres je sens déjà un perte de puissance, je me mets donc à genoux pour ramer. Rapidement je comprends qu’on n’ira pas très loin. On s’est fait avoir comme des bleus ! Notre analyse était bonne, la vague a bien gonflé là où on était puis elle s’est dirigé vers l’autre rive comme prévu. Sauf que nous n’avions pas pensé qu’il y aurait encore une centaine de personnes entre nous et l’autre rive, on est donc obligé de filer droit ! C’est bien une erreur de surfeur de mer qui a pour habitude d’avoir une vague que pour lui…

Nous allons un peu plus loin grâce aux éteules et en ramant jusqu’à la tétanie puis nous lâchons l’affaire. Nous avons parcouru un peu plus de 500 mètres.

Le dénouement

Nous étions venus pour surfer la plus longue vague de notre vie et nous avons finalement surfé une mousse dans de l’eau marron surpeuplée. Et pourtant nous avons le sourire, car nous avons vécu une expérience formidable et nous comprenons maintenant que ce n’est que le début d’une nouvelle aventure !

Surfer le mascaret n’est pas une expérience « one shot ». Il va falloir persévérer, être plus malin, apprendre de nos erreurs, analyser, explorer, pour y retourner mieux préparés. Et à l’instar de nos collègues, muets comme des carpes, nous garderons aussi nos petits secrets. Car finalement, ce ne serait pas un service que de les dévoiler à des novices : le Mascaret sera peut-être un jour la plus longue vague de votre vie, mais ce sera surtout une aventure incroyable. Et les aventures, ce n’est pas servi sur un plateau en argent, sinon ce n’est plus une aventure.