Surf Evolution : Des hippies à la WSL

old school vs new school

Surf Evolution : Des hippies à la WSL

Cet été nous avons eu la confirmation que le surf (et le skate par la même occasion) allait devenir une discipline olympique dès les prochains JO en 2020 à Tokyo, au Japon. Ça n’a surpris personne, on en entendait parler depuis quelques années et on peut dire que l’industrie du surf a fait tout ce qu’il fallait pour décrocher le saint Graal ! Car oui, le CIO (Comité International Olympique) a très longtemps été réticent à accepter le surf comme sport olympique, d’une part pour la difficulté d’organisation (le surf est très dépendant des conditions météo), et de l’autre, parce que le monde du surf n’était pas un très bon candidat.

Les origines du surf

L’apparition du surf n’est pas toute jeune, probablement un des sports les plus vieux au monde avec la culture qui va avec. Mais on le définit comme un sport « moderne » depuis les années 50, lorsque la contre culture américaine s’est appropriée cette pratique comme un de ses fers de lance. Le surf avait donc de belles casseroles aux yeux des commissaires du CIO qui ne souhaitaient pas qu’une « bande de mauvais garçons » viennent déranger la mécanique bien huilée des jeux olympiques. Finalement l’excuse du « c’est compliqué à organiser » était le bon bouc émissaire pour gagner quelques décennies.

Puis est arrivée la WSL

Anciennement ASP (Association of Surfing Professional ) l’organisme chargé d’organiser la plupart des compétitions de surf a été transformé en entreprise : la World Surfing League (WSL), qui a fait un grand coup de ménage en écartant tout ceux qui ne souhaitaient pas que le surf se professionnalise. Il faut le reconnaître cette mutation a eût beaucoup de bénéfices :

  • L’élite mondiale gagne bien sa vie

Kelly Slater a été le premier surfeur millionnaire, mais il n’est plus le seul. Les prizes money du world championship tour (WCT) sont devenues alléchantes (à ce jour Matt Wilkinson a gagné plus de 300 000 $ de prize money sur les 8 premières étapes du WCT 2016). Ajoutés aux contrats de sponsoring, les surfeurs gagnent mieux leur vie. On est d’accord c’est amplement mérité en comparaison des risques et des sacrifices que cela représente.

  • L’élite féminine est reconnue

Ces dernières années ont été marquées par l’explosion du surf chez les femmes avec un niveau élite qui fait pâlir plus d’un surfeur. On constate, malheureusement, que dans d’autres sports, le niveau féminin est très inférieur à celui des hommes, ce n’est plus le cas pour le surf !

  • Je peux regarder toutes les étapes du WCT en live sur Internet

Et j’ai plaisir de pouvoir enfin parler de mon sport avec mes amis comme le font les fans de football ou de rugby. Nous attendons avec impatience la prochaine étape du WCT, nous la commentons, nous sommes incollables sur le classement général, …

  • Les surfeurs sont maintenant des sportifs préparés

C’est d’une part, une image positive pour les jeunes surfeurs, et d’autre part, l’engagement et les figures  ont évolué, un vrai spectacle pour nous spectateurs : une série de surf n’est jamais ennuyeuse, il y aura toujours un moment où on identifiera une prouesse sportive

La WSL a réussi son coup : le surf est un sport médiatique.

Mais ce n’est pas la volonté de tous, la contre culture est rebelle !

Car beaucoup de surfeurs n’adhèrent pas à cette vision. Pour eux, le surf n’est pas seulement un sport, c’est une manière de vivre, c’est un moyen d’expression. Peu importe son niveau, que l’on surfe 1 fois par jour ou 1 fois par mois, c’est une activité où l’on retrouve sa personnalité que l’on a tendance à perdre dans notre vie de tous les jours. C’est à la fois une activité sportive, une activité culturelle et une activité artistique. Un longboardeurs avec un style smooth, qui fait peu de figures et qui apprécie surtout la glisse dans sa plus simple expression, a autant sa place au lineup qu’un surfeur surfant la planche la plus courte possible et qui n’a qu’une seule idée en tête : rentrer ce p…n d’air 180. D’ailleurs le dernier sera probablement un jour le premier…

Le surf old school a donc certainement de beaux siècles devant lui, car il attire naturellement un nombre important d’adeptes. On en entend moins parler, puisque sa médiatisation serait contre-nature, mais il y aura toujours des irréductibles qui quadrilleront l’Europe à bord de vans sans âges et des boards rincées jusqu’à l’os. Il y aura toujours des papys surfeurs qui feront leur session journalière comme d’autres vont promener leur chien. Il y aura toujours des gens capables de tout lâcher sauf leur planche fétiche. Mais n’oubliez surtout pas, vous, pratiquants aguerris, d’expliquer à vos enfants que le surf a une culture qui va bien au-delà de la culture WSL.

Pour terminer, je vous mets le lien d’un court métrage présentant Bruce Gold, un surfeur de Jeffrey’s Bay considéré comme le dernier hippie de Jeffrey’s Bay (qui était connu à une époque comme un « repère hippie »). J’ai rencontré Bruce Gold à J-Bay il y a bien 10 ans et c’est une rencontre que je n’oublierai jamais. Je me rappelle aussi d’avoir surfé à ses côtés un 8 pieds solide (et à J-Bay, 8 pieds… ça claque). Il avait une telle expérience et une telle lecture de l’océan qu’il a pris parmi les plus belles vagues sans prendre une seule vague sur le nez de toute la session ! Je me rappelle également avoir été spectateur d’une scène où l’emblématique patronne du Billabong Shop de J-Bay discutait avec Bruce comme si c’était son frère et où j’ai compris au fil de leur discussion (mais il fallait bien tendre l’oreille)  que Bruce ne pourrait pas maintenir son style de vie sans l’aide ponctuel de ce magasin. Un bon exemple de la cohabitation entre l’industrie du surf et un surfeur hippie !