L’Everest, le sommet des dieux ?

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L’Everest, le sommet des dieux ?

Le monde de la BD et celui des sports de glisse et outdoor sont malheureusement très opposés. Les bandes dessinées traitant de ces sports sont souvent très superficielles. Au mieux ça se lit et on rigole un coup, au pire on subit une série de clichés vus et revus. Pourquoi les dessinateurs ne parviennent pas à faire de bonnes BDs dans les sports outdoor  ? J’ai deux explications qui me paraissent plausibles : soit les histoires dans cet univers ne se prêtent pas au dessin, soit les dessinateurs ne sont pas passionnés par ces activités et ne parviennent pas à en parler.

Je suis une des nombreuses victimes, car je lis des centaines de BDs et je suis un grand passionné des sports glisse et outdoor (pour ceux qui ne suivent pas…).

Mais là je suis tombé sur une perle.

Le sommet des Dieux

Je viens de lire « Le sommet des Dieux », une bande dessinée adaptée d’un roman japonais.

L’histoire est tournée autour du plus grand mystère de la conquête du mont Everest : Qui a été le premier homme a foulé son sommet à 8848 mètres ?

En 1924, Andrew Irvine et George Mallory disparaissent alors qu’ils sont aperçus en route pour le sommet, par Odell, un photographe. Leurs corps n’ont jamais été retrouvés. Nous ne savons pas s’ils ont foulé le sommet de l’Everest. L’histoire raconte que Mallory avait emporté un appareil photo et que logiquement, s’il avait atteint le sommet, il aurait pris une photo. Celui qui trouvera cet appareil photo, (naturellement conservé à des températures négatives depuis maintenant 92 ans) pourra dire si oui ou non ils ont conquis l’Everest. Peut-être un jour…

En attendant, la conquête du sommet de l’Everest est décernée à Edmund Hillary et Tensing Norgay qui plantent leurs piolets, ou ce qui leur servait de piolets, sur le sommet le plus haut du monde le 29 mai 1953, soit 29 ans après la tentative d’Irvine et de Mallory. En arriver là a demandé d’intenses recherches, de multiples approches et tentatives et le développement de l’équipement alpin. Cette conquête a été un exploit d’envergure pour l’époque, à l’image de la conquête de la Lune, qui n’a eu lieu que 16 ans après.

Les personnages principaux du « Sommet des Dieux » sont Fukamachi, un photographe explorateur et Habu Jôji, un grand alpiniste japonais, surdoué et surhumain. Habu agit comme un loup solitaire, il n’est donc pas soutenu par son milieu pour réaliser des exploits à la hauteur de ses capacités. Fukamachi souhaiterait découvrir le secret de l’Everest, Habu a peut-être la réponse. De là, le destin lie les deux hommes.

Je ne vous en dirai pas plus car je ne veux pas vous dévoiler l’intrigue, et vous conseille vivement de lire ce chef d’oeuvre.

De la première page du tome 1 à la dernière page du tome 5, j’ai été pris par le rythme soutenu et le suspens bien dosé. J’ai lu un tome par soir et j’aurais bien lu les 5 tomes dans la foulée. Le dessin est précis, les textes sont parfaitement équilibrés : mon cœur accélérait lorsqu’ils étaient sur la cascade de glace, suspendus à leurs piolets; j’avais des frissons lorsqu’ils étaient bloqués dans une tempête à plus de 8000 mètres d’altitude; j’ai rarement été aussi captivé par une BD.

Je me suis donc intéressé de plus près à l’Everest et à son ascencion. Pour suivre, j’ai regardé le film « l’Everest », un film hollywoodien sorti en 2015.

L’Everest (le film)

En 1996 a eu lieu l’une des plus grandes catastrophes dans le monde de l’alpinisme. 8 personnes ont laissé leurs vies sur les pentes de l’Everest, des touristes ainsi que des guides. Le film traite de ce sujet : une accumulation d’erreurs humaines.

Car oui, la plus grosse catastrophe sur le mont Everest n’est pas dû à la difficulté d’ascencion en soit, mais au manque d’attention de la part des guides et de leur staff.

L’ascencion de l’Everest est devenue un véritable business. Plusieurs agences proposent maintenant des séjours tout compris pour préparer et tenter l’ascencion. Entre l’acclimatation et l’ascencion à proprement parlé, ce sont près de 60 jours nécessaires pour l’atteindre. Ce n’est pas une ascencion qui se réalise d’une seule traite, il faut monter, laisser du matériel, redescendre, remonter, préparer les voies d’accès, redescendre, ainsi de suite, de camp en camp, jusqu’au jour J. Les alpinistes arrivent maintenant par centaines pour gravir le mont.

Le 10 mai 1996 semblait être une journée idéale pour lancer l’expédition. Plusieurs équipes sont alors parties le même jour. Le manque d’expérience et de préparation de certains, ainsi que la négligence des guides qui n’ont pas su leur dire de rebrousser chemin, ont créé des bouchons aux endroits les plus difficiles ! Vous avez bien lu, des bouchons sur le plus haut sommet du monde ! Pour la défense des guides, à + de 8000 mètres, nous entrons dans ce qu’on appelle la « deadzone ». Dans cette zone, le corps humain s’affaiblit très vite et notre capacité d’analyse est fortement réduite. Depuis cet incident, toutes les décisions se prennent depuis le camp de base.

L’ensemble des expéditions avait dépassé l’heure limite de retour, la deadline, qui était fixée à 13 h. Ils étaient partis vers 4 h du matin, à 16 h certains alpinistes atteignaient à peine le sommet.

Puis tout s’enchaîne : la fatigue, le manque d’oxygène et une météo qui se dégrade dispersent les équipes et c’est le début de l’hécatombe.

Le film mérite d’être vu. Les images sont magnifiques et l’histoire originale a été respectée dans ses moindres détails. Je vous conseille de finaliser votre soirée « Everest » avec le reportage sur la même catastrophe de National Géographic TV, La minute de vérité : Ascencion mortelle de l’Everest.

L’everest en chiffre

J’ai ensuite lu plusieurs récits et articles sur l’Everest et voilà ce que j’en ai retenu :

Au 18ème cadavre tournez à droite

Plus de 200 personnes ont laissé leurs vies durant l’ascension de l’Everest. Les corps sont laissés sur place. Le parcours est donc jonché de cadavres. Certains plus connus que d’autres servent de repères.

Plus de 8000 personnes ont atteint le sommet

Près de 300 femmes ont atteint le sommet, le plus jeune grimpeur avait 13 ans, le plus agé en avait 80. Le Népal est la nation la mieux représentée puisqu’il faut du monde pour accompagner les touristes.

L'Everest est devenu une véritable décharge

Entre les bouteilles d’oxygènes vides, les tentes abandonnées, et autres détritus, l’Everest est une poubelle. A tel point que le gouvernement népalais exige désormais que tout alpiniste foulant les pentes de l’Everest redescende avec 8 kilos de déchets en plus des siens.

Coût de l'acencion : environ 60 000 euros

L’ascension de l’Everest n’est pas à la portée de toutes les bourses

 

Nous sommes bien loin de l’ascension de Mallory et Irvine…

Défi personnel

La lecture de ces articles m’interroge sur un point. Quel est l’intérêt de gravir le mont Everest en 2016 ? Ok, le droit de dire qu’on a foulé le sommet le plus haut au monde. C’est le grand défi d’une vie. Mais cette ascension ne se fait plus sans assistance : guide, bouteilles d’oxygène, matériel monté par les sherpas, etc. Le sommet paraît moins haut avec cette organisation. Ajoutez à cela un parcours jonché de déchets et de cadavres, où est le plaisir ? Je comprends que les passionnés fassent abstraction de ces points mais quand même.

Cette petite séance documentaire m’a tout de même motivé à me dépasser en grimpant des sommets, loin des ascensions vedettes et de la foule, mon objectif étant de me faire plaisir. Pour commencer, je vais me lancer un défi que je réaliserai au printemps 2017 : gravir un sommet de 3000 mètres. En plus je n’aurai que l’embarras du choix, il y a plus de 200 sommets de plus de 3000 mètres dans les Pyrénées ! En revanche, je réaliserai cette ascension en autonomie, et… sans assistance respiratoire. Et je rapporterai mes déchets !